Le Plan Sénégal Emergent : quel apport du secteur privé national ?

27 février 2017

Par Moustapha Guirassy, Président de l’Institut Africain de Management

En tant qu’acteur majeur de l’enseignement supérieur privé, l’IAM (Institut Africain de Management) que je préside, s’intéresse fortement au Plan Sénégal Emergent (PSE). Le PSE ambitionne de hisser le Sénégal dans le rang des pays émergents à l’horizon 2035. Aussi, nous avons fait nôtre la proclamation du ministre de l’Économie, des Finances et du Plan du Sénégal, M. Amadou BA en direction du secteur privé national, qui a déclaré que le secteur privé doit être aux avant-postes de la création d’emplois et de richesses dans le cadre de la mise en œuvre des projets du Plan Sénégal Émergent. L’intéressement du secteur privé concerne aussi les acteurs non-étatiques étrangers. Les secteurs ciblés pour un partenariat avec l’étranger sont l’agroalimentaire, l’industrie, le Btp et la pharmaceutique. Le PSE comporte au total 27 projets et 17 réformes phares qui couvrent plusieurs secteurs. La mise en œuvre de ces réformes a permis au Sénégal d’être dans le top 10 des meilleurs réformateurs mondiaux. Au total, 60% du financement du PSE sont attendus du secteur privé. Dans un contexte de globalisation de l’économie, c’est le secteur privé national, mais aussi le secteur privé étranger qui vont faire la différence. Mais comment faire en sorte que 60% du financement du PSE provienne du secteur privé ? Là réside la grande équation du PSE. Si l’on observe le secteur qui nous concerne, l’éducation, quelques réalisations du PSE dans ce domaine sont les suivantes : les travaux de construction de l’université Amadou Moctar MBOW et de la Cité du savoir de Diamniadio, ainsi que l’université Cheikh Ibrahima NIASS de Kaolack qui sont en cours. Le programme de réalisation du réseau des instituts supérieurs d’enseignement professionnel (Isep) se poursuit avec l’Isep de Thiès, déjà fonctionnel et d’autres en cours de construction, à côté de la construction de deux lycées de formation professionnelle à Sandjara et Fatick. Le Codesria, acteur non-étatique, a décidé de construire son nouveau siège dans la Cité du Savoir. L’Université Amadou Mactar Mbow envisage de mettre en place des partenariats avec des instituts privés d’enseignement. Mais il faudrait aller plus loin : le secteur privé demande que soient favorisés des joint-ventures qui lui permettraient de construire des infrastructures structurantes dans le cadre du PSE. Il s’agirait de joint-ventures entre écoles du Sud ou entre écoles du Sud et celles du Nord, pour aider à la création de champions nationaux qui vont rayonner, au Sénégal et à l’échelle régionale et internationale, parce que la croissance doit aussi venir des opérations extérieures réalisées par nos entreprises hors du pays.

S’agissant d’un autre secteur, l’habitat, un nouveau pôle urbain est en cours d’érection à Diamniadio avec une offre d’habitats de 40.000 logements à terme, un premier parc industriel destiné à accueillir des industries légères, orientées vers l’exportation, un parc de technologie numérique… Des opportunités qui semblent être disponibles dans le secteur du logement. Car, en dehors du ciment, presque tous les autres produits sont importés. C’est un gros manque à gagner. Si le secteur privé est vraiment impliqué et encouragé, tout le matériau de construction peut être fabriqué au niveau national et les revenus resteront chez nous. Mais qu’est-ce qui est fait fondamentalement pour favoriser la naissance de fabricants de plomberie, de matériel électrique, de matériel de carrelage ? Les entreprises du secteur privé national ne sont pas accompagnées dans ce sens faute de ressources longues disponibles sur le marché du crédit.

Pourtant, en 2016, dans la loi de Finances initiale, sur les 3022,6 milliards de francs CFA, 1595 milliards de francs CFA représentaient des opportunités d’affaires pour le privé local. Mais il faut doter les entreprises privées des capacités productives qui leur permettent d’absorber ces ressources publiques. L’Etat doit favoriser les entreprises locales au niveau national. Pour cela, la définition d’entreprise nationale dit être revue : ce devrait être des entreprises détenues par des nationaux à hauteur d’au moins à 51% des parts, l’Etat ne doit pas non plus être en compétition avec son propre secteur privé national. En effet, il y a un marché financier, de plus en plus important et l’Etat du Sénégal est présent sur ce marché à travers des instruments de mobilisation des ressources lui permettant d’être en concurrence avec le secteur privé, et cela peut «assécher le marché» pour les entreprises nationales. La question cruciale pour les investissements est comment mobiliser les ressources longues pour le secteur privé. Nombre d’instruments permettant d’aller vers l’épargne sont sur le marché. Mais, que ça soit l’épargne des Sénégalais d’ici ou de l’extérieur, il y a un travail important en termes de mobilisation pour en faire les ressources longues dont l’économie a besoin. Les citoyens lambda doivent aussi être mobilisés, à travers des instruments financiers comme des titres de placement qui peuvent leur être cédés dans la gestion des autoroutes, du chemin de fer express régional, etc. Il faut aller vers un vrai actionnariat populaire.

Pour en revenir au secteur qui nous intéresse, l’éducation et singulièrement l’enseignement supérieur, il existe depuis quelques années une forme de PPP (partenariat public-privé) entre l’Etat du Sénégal et les établissements privés d’enseignement supérieur. En effet, l’Etat subventionne des étudiants boursiers pour étudier dans les instituts privés. En retour, le secteur privé consent des tarifs préférentiels à ces étudiants. Il faut aller plus loin et mettre en place des joint-ventures d’établissements d’enseignement supérieur dans le cadre du PSE.