Entretien: Brahim Benabdeslem, vice-président du Forum des Chefs d’Entreprise (FCE) algérien.

27 février 2017

Vous êtes vice-président du patronat algérien et, à ce titre, prenez quotidiennement le pouls économique du pays : pouvez-vous nous résumer la situation économique actuelle de l’Algérie et ce qu’il faut en tirer comme conclusions lorsque l’on cherche à y investir ?

L’Algérie est la 4e économie d’Afrique après l’Afrique du Sud, le Nigéria et l’Egypte. C’est un marché de 40 millions d’habitants.

La situation économique n’est pas facile du fait de la chute des prix des matières premières et notamment du pétrole. Cela devrait être plus difficile l’an prochain encore malgré l’accord d’Alger, pour la signature duquel le Ministre de l’Energie a d’ailleurs joué un grand rôle. L’économie algérienne est tributaire à 20% des exportations d’hydrocarbures et la baisse des prix du pétrole devrait conduire à une chute d’environ 50% des recettes. Les prévisions de la Banque Mondiale sont toutefois positives puisque la tendance à moyen terme est bien celle d’une croissance positive. En outre, l’Algérie est par ailleurs un pays très peu endetté, et qui emprunte à taux négatifs.

Cela dit, cette bonne santé de l’économie algérienne du point de vue de la valeur industrielle ne doit pas occulter sa diversification trop peu importante. D’ailleurs du point de vue du nouvel indicateur de diversification de l’économie, l’Algérie se classe 29e sur l’ensemble des pays d’Afrique. Ce manque est aujourd’hui le principal défi du pays.

Dès 2015, le FCE a recommandé la mise en œuvre d’un certain nombre de mesures pour réduire rapidement la dépendance externe de notre économie en la diversifiant davantage par le développement de la production dans l’industrie, l’agriculture et les services, et en améliorant le climat des affaires et l’environnement de l’entreprise en général.

Quelles sont d’après vous les réponses que le gouvernement doit apporter à ce handicap, et quel peut être le rôle des investisseurs étrangers ?

Le rôle de tout gouvernement est de mettre en place les préalables nécessaires à l’émergence d’une économie forte et compétitive. C’est ce que propose le gouvernement dans le nouveau modèle économique.

Pour notre part nous avons identifié des secteurs prioritaires dans lesquels le pays dispose d’avantages comparatifs et qui peuvent constituer le socle de notre diversification économique.

Les trois piliers sur lesquels il faudrait bâtir cette diversification sont l’agro-industrie et l’agriculture dont elle dépend, l’énergie – y compris renouvelable – et enfin le numérique. Concernant l’énergie en particulier, il faut travailler à la transition énergétique et c’est ce que fait le gouvernement. Un appel d’offres pour un projet de 4 GW dans le solaire sera d’ailleurs bientôt lancé par l’Etat.

C’est un secteur appelé à se développer dans le futur, et les partenaires privés, notamment étrangers, y auront toute leur place.

Enfin, l’Algérie de par son positionnement géostratégique et ses infrastructures (la route transsaharienne qui relie la méditerranée à l’Afrique) peut être le pivot d’un développement économique qui associerait l’Europe et l’Afrique.

Justement, le gouvernement algérien a annoncé qu’il travaillait sur un projet de loi sur les partenariats publics-privés pour le début de cette année. Que pouvez-vous nous en dire ?

Effectivement une loi sur les PPP est en préparation au niveau du gouvernement et précisément au niveau du ministère de l’Industrie. C’est une bonne initiative à laquelle notre organisation, le FCE, adhère complètement et d’ailleurs contribue à son élaboration. Comme vous le savez les PPP facilitent et encouragent la mise en œuvre de projets d’infrastructures dans les délais et dans les limites du budget. Cela est très utile pour continuer à doter le pays d’infrastructures nécessaires à son développement. Il est d’autant plus intéressant lorsqu’on sait que le financement de ces PPP permet de sortir de la logique « tout budget » pour aller vers la mobilisation d’autres ressources financières au niveau du marché. Ceci dit les PPP ne sont pas la panacée et il serait important de bien choisir les projets qui peuvent être réalisés sous forme de PPP.

Quels conseils pouvez-vous donner aux entreprises qui désireraient s’implanter avec succès en Algérie, et quel peut être le rôle de l’institution dont vous êtes le vice-président ?

Réussir en Algérie, c’est travailler avec le bon partenaire. Pour deux raisons au moins, l’importance de la bureaucratie d’une part, la règle du 51/49 d’autre part. Petite précision concernant cette dernière, qui limite les participations étrangères dans les sociétés de droit algérien à 49%, et qui à ce titre est perçue par beaucoup comme un frein. En réalité ce n’est pas une mesure destinée à écarter les entreprises étrangères mais bien à créer des champions nationaux. Et il faut bien voir que cette limite de 49% ne s’inscrit pas systématiquement dans un schéma binaire où il n’y aurait que deux partenaires, le second disposant des 51% restants. C’est bien plus complexe que cela.

Il est clair que la mise en place d’une telle règle et de manière systématique pose problème surtout lorsqu’il s’agit d’investissements portés par des PME/PMI. Cela fait plus de 8 ans que cette règle est mise en application et il est peut–être temps de faire un bilan. Nous chefs d’entreprises pensons qu’il est nécessaire de revoir ce dispositif dans le sens d’un allègement qui permettrait de renforcer l’attractivité de notre pays.